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Ressources pour une éducation queer et inclusive

Grammaires neutres – Quels outils pour un enseignement inclusif ?

Alpheratz est traductaire, écrivan, chargæ d’enseignement en linguistique à Sorbonne Université. Al poursuit une thèse sur le genre grammatical neutre en langue française. Le texte suivant est une transcription d’une conférence gratuite qu’al a donnée à La Constellation à Paris le 19 septembre 2020, organisée par Queer Education. Ce texte est sous licence CC-BY-NC-SA, et peut être partagé sans modifications, à condition de citer l’autaire.

L’enseignement de cette règle grammaticale, “le masculin l’emporte sur le féminin”, se trouve confronté à sa dénonciation par les sciences humaines pour sa violence symbolique. Nous allons voir comment cet enseignement participe à l’état de tension que vit la francophonie, tiraillée entre la norme que nous apprenons à l’école et sa distorsion que l’on constate dans les usages.

Un ensemble d’observables linguistiques permet de penser que la communauté linguistique francophone est en train d’inventer une variété du français que l’on peut nommer “le français inclusif”.

Le français inclusif : définition 

Le français inclusif est une variation du français standard, et désigne un  ensemble des procédés langagiers fondés sur le rejet d’une hiérarchie entre les représentations sociales ou symboliques associées à des unités du lexique ou à des éléments grammaticaux (théories, règles, structures, etc.). Cette variation a pour objectif d’inclure et de visibiliser dans la langue comme dans la pensée des catégories de choses ou d’êtres senties comme exclues ou minorisées.” (Grammaire du français inclusif, Alpheratz, 2018)

Cette intervention rappelle rapidement les faits historiques, scientifiques et politiques qui ont permis l’émergence des langues inclusives au XXIe siècle. Ce phénomène d’inclusivité se constate dans des langues de familles différentes et qui, parfois, utilisent  les mêmes procédés. 

Cette intervention est fondée sur la conscience de la neutralité du corps enseignant au regard des différentes idéologies en présence sur le sujet. Elle propose des solutions concrètes à notre pratique quotidienne de l’enseignement, notamment en lettres et en sciences, solutions élaborées à partir d’une expérience personnelle d’enseignement de la linguistique, au genre neutre, à Sorbonne Université. Cette intervention a pour objectif de montrer que nous ne sommes pas dans l’impuissance face à la masculinité hégémonique et l’hétéronormativité institutionnelles et de partager des savoirs queer dans le cadre de notre métier d’enseignanx.

I. Les axiomes de l’inclusivité 

1.Tout est langage
2. Le mot crée de la réalité
3. L’universalité est une imposture
4. L’identité permanente n’existe pas
5. Vers la reconnaissance d’un troisième genre

1. Tout est langage

Depuis toujours, l’humanité cherche à justifier les inégalités par des données essentialistes basées sur de prétendues caractéristiques physiques et biologiques. Une réflexion sur les inégalités au prisme du langage réactive une querelle très ancienne entre deux conceptions du monde : l’essentialisme et le nominalisme.

L’essentialisme est une conception philosophique née chez Aristote dans ses traités de logique. Selon cette conception, un être se définit par son essence. Cette conception s’oppose au nominalisme : toute catégorie est le produit d’un désir de nommer le monde. Donc, toute catégorie est un produit du langage et a été inventée par l’humanité par commodité, pour pouvoir appréhender le monde. Toute catégorie est donc une réduction plus ou moins simpliste de la réalité et se situe dans une gamme entre commodité et caricature. L’essentialisme prend des conventions adoptées par commodité pour des différences de nature. 

Diderot à l’article “animal” de l’Encyclopédie de 1751: “nos idées générales ne sont que des méthodes artificielles que nous nous sommes formées pour rassembler une grande quantité d’objets dans le même point de vue.” 

Pour les nominalistes, au contraire, la réalité n’est pas un ensemble de caractéristiques où les catégories s’opposent et s’excluent, mais un ensemble de caractéristiques que les catégories se partagent, ce que nous retrouvons aujourd’hui chez les pensaires du genre, par exemple chez autour du terme de “continuum” pour parler des réalités complexes et non réductibles à une binarité, que sont le sexe et le genre.

2. Le mot crée de la réalité

Selon Françoise Cordier, “le monde constitue un flot continu de stimuli et les humains n’ont d’autre choix pour y vivre que de le rendre discontinu”. Pour rendre le monde intelligible ou “discontinu”, la pensée se sert de la catégorisation comme processus de classement et d’organisation (entre autres opérations mentales).

La catégorisation peut être classique ou naturelle. Nous parlons de “catégorisation classique” comme, à l’instar d’Aristote, nous rassemblons dans une même catégorie les éléments qui partagent des “conditions nécessaires et suffisantes”. Par exemple, pour faire partie de la catégorie des oiseaux, un être a besoin de plumes et de voler. Mais dans ce cas, que faisons-nous de l’autruche et du pingouin qui ne savent pas voler? 

La “catégorisation naturelle”, par opposition à la catégorie classique, a été élaborée par Eleanor Rosch en 1975, dans son article “Natural Categories”: les catégories ne seraient pas des tiroirs dont les étiquettes sont déterminées par des conditions nécessaires et suffisantes, mais davantage des ensembles organisés autour d’un “prototype” ou exemplaire particulièrement représentatif de la catégorie. Je cite : “un membre central fonctionnant comme point de référence cognitif.” L’histoire humaine, dominée par la masculinité hégémonique, considère que le prototype de la catégorie “Humanité” est l’homme et non la femme, comme l’illustrent toutes les représentations de l’humanité par un homme (cf. Les proportions parfaites de l’être humain selon Vitruve par Leonard de Vinci, qui représente un homme au centre d’un cercle).

Par conséquent, lorsque nous disons “les droits de l’homme”, c’est ce prototype, cette représentation mentale et cette histoire que nous réactivons et perpétuons.

3. L’universalisme est une imposture

L’imposture universaliste consiste à confondre l’ensemble d’une catégorie (par exemple l’humanité) avec son prototype (l’homme). Quand nous disons “les droits de l’homme”, processus de catégorisation naturelle considérant comme meilleur représentant de la catégorie “humanité” un être issu de la catégorie sociale des hommes, nous sommes dans l’imposture universaliste, car nous faisons passer le prototype pour un exemplaire neutre, universel. 

Le problème, c’est que les autres exemplaires de la catégorie n’ont pas les mêmes intérêts que le prototype. Remplacer “les droits de l’homme” par “les droits humains”, c’est remplacer une image précise d’une catégorie sociale unique par une absence d’image ou une image assez floue pour que l’on ne puisse pas réellement reconnaître le nouveau prototype de la catégorie “humanité”. Cette indétermination est la marque du neutre.

Quand nous utilisons l’article défini pour qualifier un savoir que nous enseignons (“la littérature, l’histoire, la médecine”, etc.) nous sommes également dans l’imposture universaliste, car nous n’enseignons pas “la littérature, l’histoire, la médecine”, mais ces matières au seul prisme de notre culture. En littérature, notre enseignement n’est pas censé porter sur l’œuvre littéraire d’Amadou Hampate Bâ, mais sur celle de Victor Hugo. En classe d’histoire à Tahiti, nous ne sommes pas censæs enseigner les conséquences sanitaires et environnementales des essais nucléaires français en Polynésie sur les populations du Pacifique. Et ce n’est pas la médecine chinoise qu’on enseigne dans les facultés de médecine en France.

(V-Day 1945, Alfred Eisenstaedt) 

Après avoir longtemps été en tête de classement dans les listes de photos les plus romantiques au monde, cette photo représente désormais, pour une partie du public, une agression sexuelle. La femme témoigne qu’elle n’a pas vu l’homme venir, et qu’elle s’est sentie “serrée comme dans un étau” (cf. article de Slate paru à ce sujet). 

Ce qui a changé, entre le moment où Eisenstaedt prend cette photo en 1945 et notre époque, ce n’est ni la photo, ni la situation, c’est le regard que nous pouvons désormais porter sur cette photographie. Ce regard interroge : “Au fait, quel est l’avis de cette femme sur ce qui se passe ?” Le regard contemporain interroge les signes qu’on lui propose en songeant aux réalités qu’ils pourraient invisibiliser. 

Comment lutter contre la posture universaliste ? En analysant ce que nous voyons, en ayant ce regard critique qui interroge notre propre interprétation, laquelle est “spontanée” (elle surgit instantanément, d’une façon qui nous semble naturelle et personnelle), mais laquelle est en réalité construite par notre idéologie (ensemble des croyances propres à notre époque, notre éducation, notre culture, etc.).

4. L’identité permanente n’existe pas

La réflexion sur le genre se situe à un moment de l’histoire où la bicatégorisation de sexe et de genre comme structure fondamentale est remise en question. Cette réflexion révèle l’identité individuelle comme une chose qui ne serait plus fixe ni permanente.

Le travail en biologie d’Anne Fausto-Sterling, par exemple, nous permet de comprendre que la réalité biologique du sexe peut ne pas être constituée de deux groupes naturels qui s’excluent l’un l’autre mais de variations s’alignant ou ne s’alignant pas sur les organes reproducteurs “typiques” ou partagés par le plus grand nombre. 

5. La reconnaissance d’un troisième genre

Sur le plan politique, la reconnaissance des personnes intersexuées et des personnes trans se fait par des variations de l’état civil binaire. 

“De surcroît, la binarité sexuelle, considérée comme nécessaire par la Cour de cassation, a été dépassée par certains de nos pays voisins. L’Allemagne délivre des certificats de naissance sans mention du sexe depuis 2013. De même, aux Pays-Bas, si le sexe de l’enfant est incertain, l’acte de naissance peut indiquer cette indétermination laissant à l’individu la possibilité de faire changer cette mention et se faire assigner un sexe à l’état civil. Le droit maltais permet, depuis 2015, de retarder l’enregistrement jusqu’à ce que le sexe de la personne soit déterminé. Au Portugal, lors de l’inscription d’un enfant intersexué, l’administration propose de choisir un prénom mixte afin de faciliter les démarches ultérieures. Par ailleurs, en 2014, la Haute Cour d’Australie a admis l’inscription sur les registres de l’état civil de la mention «sexe non spécifique». En Inde, à côté de la catégorie «masculin» ou «féminin», les formulaires proposent la mention «autre». En Afrique du Sud et en Nouvelle-Zélande, l’annotation «X» (autre sexe) peut être indiquée dans le passeport et l’Inde, la Malaisie, le Népal, ou encore la Thaïlande permettent la mention «sexe neutre» ou «indéterminé» (…) Personne ne songe, de nos jours, à inscrire dans les pièces d’identité la religion, la race, la classe sociale ou l’affiliation politique des personnes. En revanche, l’assignation obligatoire à l’un ou l’autre sexe semble constituer une nécessité juridique majeure puisqu’elle refléterait une vérité naturelle.” Daniel Borillo, chercheur en sciences administratives et politiques au CNRS et au LEGS, tribune “Pour un sexe neutre à l’état-civil” du 27 juin 2017 parue dans Libération.

Le problème, c’est que nous avons une langue qui est binaire pour représenter des concepts récents, mis au jour par les arts et les sciences, et vus comme appartenant à un “continuum”, donc non réductibles à des symboles binaires.

Les locutaires du français inclusif, ayant changé de pensée, ont également changé d’outils (les mots). Selon R. Barthes, le langage est une législation :

“Nous ne voyons pas le pouvoir qui est dans la langue parce que nous oublions que toute langue est un classement et que tout classement est oppressif. Dans notre langue française, je suis toujours obligé de choisir entre le masculin et le féminin; le neutre ou le complexe me sont interdits. La langue n’est pas progressiste, elle est tout simplement fasciste car le fascisme ce n’est pas d’empêcher de dire, c’est d’obliger à dire.”

II. Le devoir de neutralité

Que nous dit la juridiction qui règlemente notre métier ?

1. La neutralité dul fonctionnaire

En apparence, la loi ne laisse aucune marge de manœuvre à l’enseignanx qui souhaite transmettre des savoirs queer. La neutralité qui est inscrite dans la loi, c’est un devoir. La neutralité consiste à ne pas prendre parti, à ne pas imposer ses opinions. Cependant, la loi dépend de son interprétation.

Par exemple, est-ce que nous sommes neutres en disant que le masculin l’emporte sur le féminin ? 

Non, nous créons une hiérarchie. Or, c’est une règle grammaticale du français standard. 

Une langue inclusive est une variété d’une langue standard qui s’en distingue par des procédés langagiers évitant de reproduire des variétés de hiérarchies symboliques et sociales associées à des éléments du lexique et de la grammaire et fondé sur différents critères de discriminations. En conséquence, si le français standard reproduit ces hiérarchies, et si le français inclusif tente de les éviter, c’est ce dernier qui devrait être la langue de l’enseignement. 

Que dit également la loi ? Elle recommande le traitement égal de toutes les personnes. Dans cette perspective, se servir des mots qui permettent l’expression de l’égalité (plutôt que la hiérarchie) et de la non-binarité (plutôt que l’absence d’expression), à savoir les mots du français inclusif, ce n’est pas une option, c’est une obligation. Car c’est le français inclusif, qui permet l’expression de l’égalité et la reconnaissance des identités nouvelles, non le français standard, qui devrait être la langue de l’enseignement. Si nous voulions appliquer ce que préconise la loi – égalité sociale, traitement égal de toutes les personnes – le recours au français inclusif ne devrait pas être interdit, ni être un droit, mais un devoir.

2. Les outils juridiques

La France a ratifié les Principes de Yogyakarta et reconnaît donc le droit à une identité de genre.

« L’identité de genre est comprise comme faisant référence à l’expérience intime et personnelle de son genre profondément vécue par chacun, qu’elle corresponde ou non au sexe assigné à la naissance.” Principes de Yogyakarta reconnus par l’ONU (2007).

En droit français, la loi n°496 du 27 mai 2008, qui souhaite lutter contre les discriminations fondées sur (entre autres) l’identité de genre, n’induit nulle part que cette identité de genre doit être réduite à une alternative binaire masculine/féminine. 

3. Les outils linguistiques

Quels sont les outils linguistiques qui nous permettent d’appliquer ce devoir de neutralité (bien mal servi par le français standard) ?

Le français inclusif est constitué de plusieurs procédés :

  • Base agenre du mot

Par mise à équivalence de ses flexions de genre, pour une application future dans les dictionnaires.

Inspirée de la thèse de Lucy Michel, soutenue en 2016, sur la représentation des noms de la personne en français, cette nouvelle conception du mot permettrait de faire entrer celui-ci dans les dictionnaires non plus sous sa forme masculine, mais sous la forme de sa base agenre (en gras ci-dessous) :

  • Hyperonymie de genre ou “mots englobants”

“Le corps médical” inclut “les médecins”

“La clientèle” inclut “les clients”

Le lectorat inclut “les lecteurs”

  • Flexion des mots de la personne suivant son genre

Exprimer le genre social féminin par des mots du genre grammatical féminin : une femme est “professeure, enseignante, traductrice, et non “professeur, enseignant, traducteur”.

Exprimer le genre social non binaire par des mots du genre grammatical neutre : une personne non binaire est “professeurx, enseignantx, traductaire” et non “professeur, enseignant, traducteur”.

  • Mots épicènes

“Les élèves” plutôt que “les étudiants”

“Les membres” plutôt que “les adhérents”

  • Double flexion totale et partielle

Les étudiants et les étudiantes (double flexion totale)

Les étudiant·es (double flexion partielle)

  • Réactivation de mots anciennement attestés

Les locutaires du français inclusif puisent parfois dans le stock des mots anciennement attestés pour réactiver ces derniers (d’une manière consciente ou inconsciente). Ainsi, “al” et “ol” sont des variantes dialectales du pronom de genre neutre “el” attesté en ancien et moyen français (lui-même réactivé au XXIe siècle). “Autrim, matrimoine, ceuz” sont également attestés dans les grammaires sur le français de cette période (entre le IXe et le XVe siècle). 

“Autrice” est un mot attesté dès les premiers siècles de notre ère. Il a fait l’objet d’un travail de recherches remarquable par Aurore Evain, qui emploie donc cette réactivation en toute conscience.

L’accord dit “de proximité”, qui donne aux adjectifs le genre du substantif le plus proche (ex. “les hommes et les femmes sont belles”) est une réactivation d’un accord qui a été remplacé par l’accord dit du “masculin l’emporte sur le féminin” sous l’influence de la grammaire prescriptive, à partir du XVIIIe siècle (voir l’ouvrage “Non, le masculin ne l’emporte pas sur le féminin” d’Eliane Viennot).

  • Néologie

Lorsqu’als ne trouvent pas de solution au problème d’ambiguïté que leur pose le masculin (la confusion sémantique entre les catégories “humanité” et “être humain mâle”), les locutaires du français inclusif inventent les mots dont als ont besoin, par exemple : “iel, seulx, blessæ, heureuz, travailleureuse, amoureuxeuse, producteurices”, etc.

  • Reconfiguration de la phraséologie

Le français inclusif n’est pas caractérisé par le genre ou le sexe. Il s’observe également dans les discours comportant d’autres facteurs de discriminations. On constate ainsi un glissement des termes et locutions servant à désigner certaines variables démographiques, dû à la fois à la diffusion des œuvres d’art et de la recherche scientifique sur les discriminations, et à l’usage des groupes concernés. Par exemple, “gens de couleur” est devenu “personnes racisées”. Au Canada, “personnes racisées” se scinde en deux, d’une part les “autochtones” (descendantz de personnes vivant sur un territoire avant qu’il soit colonisé) et d’autre part les “minorités visibles” (personnes, hormis les autochtones, qui n’ont pas la peau blanche)… 

Les groupes de défenses des personnes désignées comme “handicapées” proposent également d’autres tournures pour échapper au validisme ou capacitisme. On observe ainsi un glissement entre “handicapé”, “personne handicapée”, “personne en situation de handicap”, “personne de la diversité fonctionnelle”. 

  • Motivation syntaxique

La motivation syntaxique désigne un procédé du français inclusif qui s’appuie sur la relation entre les mots. C’est le cas de “les droits humains”, expression motivée syntaxiquement, par opposition à “les droits de l’homme” expression motivée historiquement.

  • Genre neutre

Le “genre neutre” est une classe grammaticale qui peut servir à classer les mots qui ne peuvent se classer exclusivement ni en genre masculin, ni en genre féminin, par exemple : “défensaire, maon, lae, travailleureuses”, etc. Certains mots de genre neutre sont “binaires” tels que “iel, travailleureuse, producteurices” car ils sont issus de la réunion des marques de la flexion binaire, tandis que d’autres mots de genre neutre sont non binaires, tels que “al, ol, ul, défensaire, mun, heureuz, adhérenz”, etc. car ils comportent des marques spécifiques à ce genre (x, z) ou une morphologie où l’on ne peut retrouver aucune trace de la morphologie masculine ou féminine (al, ol, ul, défensaire).

Différents systèmes de formation du genre neutre peuvent s’observer. Ils diffusent dans les discours des mots qui se trouvent, dès lors, en concurrence.

Conclusion

La recherche sur le français inclusif et le genre neutre permet de comprendre que certains procédés inclusifs sont aussi anciens que la langue elle-même, par exemple, les doubles flexions totales étaient courantes dans les œuvres de Rabelais (XVIe siècle).

C’est pourquoi ils conduisent certans locutaires à faire du français inclusif sans en avoir conscience, comme notre président, qui s’applique à faire une double flexion totale au début de ses discours “Françaises, Français” ou à employer un terme épicène “compatriotes”.

La tension qui existe désormais entre la grammaire prescriptive, laquelle enseigne dans les écoles que le masculin l’emporte sur le féminin, et ces résistances langagières qui les contredisent, ainsi que l’émergence d’un troisième genre dans une langue qui n’en connait que deux, nous indiquent que nous sommes dans une période de changement linguistique.

Rappelons qu’un changement linguistique intervient lorsque la variation de la norme acquiert plus de prestige que la norme elle-même. Or, en plus des relations interpersonnelles, le français inclusif intègre désormais la littérature, les institutions, les médias, même si les données quantitatives manquent encore sur le sujet. 

Le français inclusif compte désormais de nombreux procédés qui permettent non seulement d’éviter le genre masculin mais aussi de nommer des réalités jusque-là impensées, ou/et inexprimées au niveau individuel et collectif. 

Ce chantier linguistique est loin d’être terminé. Ainsi, on peut s’interroger sur la pertinence de désigner une catégorie de personnes par la négative, “personne non binaire” et si un adjectif positif ne vaudrait pas mieux, par exemple “de genre spectral”, inspiré du spectre de la lumière blanche, montrant son éventail de couleurs.

Reste que les peuples qui parlent des langues inclusives s’interrogent sur leurs identités individuelles et collectives, sur la justesse des mots dont ils disposent pour les exprimer. Ces interrogations anthologiques et linguistiques sont le signe, non du déclin de la civilisation comme se plaisent à les exprimer les personnes qui se lamentent sur la perte de leurs privilèges, mais au contraire de la vitalité d’un esprit critique et éduqué. 

Ces peuples impulsent des dynamiques sociales, politiques et artistiques essentielles à un monde en butte à l’ignorance, aux obscurantismes et aux régressions concernant les droits des femmes, des personnes trans, des personnes intersexuées, obscurantisme auxquels participent les linguistes qui s’expriment sur ce phénomène en ignorant ou en sous-estimant le fait social motivant le fait linguistique.

Alpheratz, le 19 septembre 2020

CC-BY-NC-SA

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