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Amour censure : l’exemple d’Hoshi pour traiter le cyberharcèlement homophobe en Education Morale et Civique

TW : homophobie, lesbophobie, cyberharcèlement, menace d’agression sexuelle, menace de mort

1.    Cadre du cours

Il s’agit d’une séance d’EMC d’une heure, construite autour d’une vidéo et d’un extrait de podcast (de 18:25 à 25:23).

Matière : Education Morale et Civique (EMC)

Niveau : 2nde générale.

Thème du programme concerné : « Garantir les libertés, étendre les libertés : les libertés en débat. » Deux points de ce thème sont particulièrement concernés : « la lutte contre les discriminations » et « l’évolution de l’encadrement juridique de la liberté d’expression dans un environnement numérique et médiatique ».

Durée : environ une heure.

2.    Présentation du contenu du cours

La vidéo est la performance d’Hoshi aux Victoires de la Musique 2020. Elle interprète son titre « Amour censure », entourée de danseureuses, dans une mise en scène qui dénonce l’homophobie encore actuelle.

Le podcast est un témoignage d’Hoshi, qui raconte ce qui lui est arrivé après cette performance. Elle a été victime de cyberharcèlement homophobe et de tentatives de hacking. Elle a dénoncé ces propos en les affichant publiquement sur son compte Instagram et a porté plainte.

a)     Situation du cours dans le programme

Cette étude de cas peut être utilisée dans divers chapitres de différents niveaux, mais il s’agissait ici d’un cours sur les discriminations homophobes et transphobes. L’objectif principal de ce chapitre est de comprendre en quoi la liberté, et notamment la liberté d’expression, est relative à l’exercice de celle d’autrui (y compris concernant la liberté de se sentir en sécurité, de ne pas être importuné-e, d’occuper l’espace public…).

Une séance d’introduction a été consacrée au vocabulaire de l’homosexualité et des transidentités. L’apport principal a été la distinction entre identité de genre, orientation sexuelle et expression de genre. Il s’agissait aussi de différencier les termes relevant de l’injure LGBTQIphobe de ceux qui n’en sont pas et qui sont utilisés par les personnes concernées. 

Puis, des exemples de discriminations transphobes ont été étudiés grâce à des documentaires récents sur les transidentités. L’étude de cas proposée ici sert quant à elle à illustrer la question des discriminations homophobes.

b)     Déroulé du cours

D’abord, Hoshi a été présentée succinctement : il s’agit d’une chanteuse française, lesbienne, ayant été agressée physiquement à plusieurs reprises pendant son adolescence, du fait de son orientation sexuelle.

La vidéo a ensuite été projetée jusqu’à la fin, où Hoshi embrasse une danseuse. Pour s’assurer de la compréhension du message de la chanson, il a été demandé aux élèves de relever quelques paroles marquantes, et de les expliquer. J’ai répété les analyses importantes évoquées par les élèves (l’égalité entre toutes les formes d’amour, l’importance de la lutte contre les discriminations…) et ajouté des informations complémentaires quand c’était nécessaire. Il s’agit principalement de comprendre que la chanson dénonce l’injonction à cacher les relations affectives et sexuelles homosexuelles.

Plusieurs passages de la chanson font ainsi directement référence aux discriminations homophobes : « au placard mes sentiments », « il n’y a pas d’amour censure », « les mots sont tranchants », « maman désolée, j’ai pris des calmants », « papa t’inquiète j’ai appris à courir »…

Ensuite, l’extrait de podcast a été diffusé, en précisant qu’il permet de découvrir ce qui est arrivé à la chanteuse suite à sa performance. Les élèves ont été averti-e-s de la violence de certains propos, en précisant que cela montrait à quel point une représentation artistique pouvait susciter des réactions démesurées.

Suite à l’écoute du podcast, plusieurs questions ont été posées à la classe, dans le but de faire le lien entre cette étude de cas et les notions abordées dans le chapitre :

-Qu’est-il arrivé à Hoshi ?
-Pourquoi est-ce interdit par la loi ?
-Qu’a-t-elle fait pour se protéger et obtenir justice ?
-Hoshi dit que la liberté des un-e-s s’arrête où commence celle des autres : comment comprendre cette phrase ?
-Quelle est la spécificité des menaces et injures sur internet ?

La discussion a été animée et a permis de faire ressortir plusieurs notions importantes, que j’ai défini à chaque fois : injure, menace, propos discriminatoires, harcèlement, cyberharcèlement, anonymat, sentiment d’impunité, crime homophobe.

La conclusion apportée est la suivante : internet augmente le sentiment d’impunité car il donne l’impression d’être anonyme, ce qui crée de nombreux cas de cyberharcèlement reposant sur des propos discriminatoires. Cependant, une injure ou une menace reçue sur internet est tout autant violente que dans la vie réelle, car elle enfreint la liberté de se sentir en sécurité et d’être respecté-e. En effet, la liberté d’expression n’est pas absolue mais relative au respect de la dignité d’autrui et notamment au respect des différences par rapport aux normes sociales dominantes. Si cette dernière est souvent utilisée pour justifier des propos discriminatoires, il faut toujours avoir en tête que les propos discriminatoires sont condamnés par la loi (un an d’emprisonnement et 45’000 euros d’amende pour une injure, deux ans d’emprisonnement et 30’000 euros d’amende pour du cyberharcèlement).

Mais internet est en fait un espace où chacun-e peut être tracé-e et retrouvé-e, et donc où chacun-e est responsable de ses actes. Même si les procédures sont longues, il est important de dénoncer et porter plainte contre ces injures et menaces. Si certain-e-s des agresseureuses d’Hoshi sont condamné-e-s, cela contribuera à diminuer le sentiment d’impunité et ainsi à mettre en place un cyberespace public plus respectueux de toustes.

c)      Objectifs du cours

Cette séance poursuit plusieurs objectifs, en plus de l’illustration par une étude de cas des discriminations homophobes et de l’impact qu’elles peuvent avoir sur les individu-e-s et notamment sur l’exercice de leur liberté.

Il s’agit de sensibiliser les élèves à la violence du cyberharcèlement, et aux conséquences qu’il peut avoir sur les individu-e-s.

Cela permet également de comprendre pourquoi la liberté d’expression n’est pas absolue mais limitée au respect de la dignité d’autrui.  

Enfin, il s’agit d’évoquer les raisons pour lesquelles l’Etat punit les propos discriminatoires, même sur internet, ainsi que les recours légaux qui peuvent être utilisés dans de telles situations.

3.    Retour d’expérience sur le déroulé du cours

La discussion a été animée du fait d’un groupe classe intéressé et dynamique.

Les élèves ont bien compris le message transmis par la chanson d’Hoshi, ainsi que ce qui lui est arrivé après son interprétation aux Victoires de la Musique.  

La relativité de la liberté d’expression a également été bien comprise : les élèves ont su expliquer d’elleux-mêmes pourquoi ce n’était pas un argument qui permettait de justifier n’importe quel discours.

Mais une difficulté est apparue sur la question portant sur internet, suscitant un fort désaccord au sein de la classe. La discussion s’est parfois emballée, rendant difficile le travail de modération et de mise en lien avec les notions de l’EMC. Deux élèves ne comprenaient pas en quoi des messages envoyés sur internet constituaient quelque chose de grave, argumentant qu’il s’agissait de choses normales, qui arrivaient tous les jours et à toutes les personnes connues, et que la solution n’était pas de porter plainte mais de désactiver les messages reçus.

Cela a cependant permis d’expliquer plusieurs points :

-La différence entre une mauvaise appréciation (dire qu’on n’aime pas le travail de quelqu’un-e) et une injure discriminatoire (du fait de l’appartenance à une minorité)
-L’impact psychologique des menaces et des injures, et la limitation de la liberté qu’il engendre du fait de ne pas se sentir en sécurité
-La différence entre ce qui est commun et ce qui est autorisé : le cyberharcèlement n’est pas autorisé par la loi pour toutes les raisons évoquées dans le cours mais, pourtant, il est relativement commun. Mais la fréquence d’un phénomène, et en même temps la difficulté à agir dessus, ne peut pas justifier sa perpétuation. 
-L’importance d’utiliser les outils législatifs pour faire respecter ses droits, même sur internet et même face à des pratiques considérées comme courantes
-L’existence effective de crimes homophobes et transphobes, avec lesquels ces comportements discriminatoires résonnent.

Pour éviter ce genre de problème, il aurait sans doute été plus judicieux d’introduire les  notions de cyberviolence et de cyberharcèlement avant de se pencher sur cette étude de cas. L’impact violent et concret des injures et des menaces par message était un préalable nécessaire pour pouvoir pleinement comprendre l’expérience racontée par Hoshi, mais toustes les élèves n’en étaient pas également conscient-e-s. Pour certain-e-s, ce qui se passe et se dit sur internet est déconnecté de la vie réelle  et ne constitue pas un problème très sérieux. Pour rendre l’étude de cas plus efficace et plus percutante auprès de toustes les élèves, cette idée aurait donc pu être déconstruite par avance, en montrant en quoi le cyberespace obéit aux mêmes règles que l’espace public, malgré le sentiment d’impunité qui y règne.

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